« From the river to the sea, Palestine will be free » (« De la rivière à la mer, la Palestine sera libre »). Samedi 4 novembre 2023, près de 25 000 personnes sont rassemblées Place des Arts, au cœur de Montréal, pour scander ce slogan central des manifestations pour la libération de la Palestine. Le même jour, les rues de Toronto, Washington et New York étaient noires de monde. Depuis le début de la guerre que livre Israël à Gaza après l’attaque du 7 octobre, le centre-ville des métropoles nord-américaines se transforme tous les week-ends en lieux d’exutoire. Chaque nouvelle manifestation mobilise de plus en plus de jeunes participants, parfois même des adolescents. Force est de constater que le soutien à la Palestine n’est plus essentiellement réservé à la jeunesse d’origine arabe sensibilisée à la cause palestinienne, culturellement transmise de génération en génération.
Qu’est-ce qui pousse ces dizaines de milliers de jeunes à s’engager pour les droits des Palestiniens ? Pour le comprendre, il est essentiel de se pencher sur le passé colonial nord-américain et le devoir de mémoire que la jeunesse s’impose envers les personnes autochtones. De ce fait, les théories humaines et sociales critiques — notamment décoloniales — ont une grande résonance chez cette jeune génération. Si la France perpétue cette fâcheuse tendance à les rejeter, les taxant péjorativement de « wokistes », les Américains du Nord s’éduquent aux écrits d’Edward Said et de Frantz Fanon. La remise en question des structures impérialistes et coloniales est au centre de la recherche académique américaine, et la critique du canon occidental est un incontournable des programmes en sciences politiques.
DÉCOLONISER LES CONSCIENCES
« Je suis née et j’ai été élevée sur une terre volée, je suis un colon, mais je ne l’ai pas choisi », explique Caitlyn, entre deux slogans appelant à la libération de la Palestine. La pluie torrentielle qui s’abat sur Montréal n’a pas empêché cette Canadienne de 22 ans et ses amis de venir manifester. « Je soutiens la décolonisation autochtone au Canada, par conséquent je supporte (sic) aussi la décolonisation palestinienne », poursuit-elle. Pour cette étudiante en sciences politiques à l’université Concordia, les personnes non racisées (white people) sont tenues de lutter contre la colonisation. Plus qu’un devoir de mémoire, c’est une responsabilité qu’elle s’impose : « Ma génération a facilement accès au massacre en cours à Gaza sur les réseaux sociaux, on voit tout et ne rien faire serait hypocrite ».
À New York, la poétesse Dakota Smith tient un discours similaire. Critique à l’encontre de son pays, l’artiste de 29 ans est une habituée des manifestations contre la politique étatsunienne. « Les États-Unis sont l’un des pays les plus violents de l’histoire, et en tant qu’Américaine, je dois continuellement m’interroger sur la politique extérieure de mon pays », précise-t-elle. Depuis le 7 octobre, l’écrivaine originaire de Los Angeles s’implique pour la cause palestinienne et ne semble pas étonnée par le soutien inconditionnel de l’establishment américain à Israël. « L’Amérique adore la guerre, je m’y suis faite et je préfère me concentrer sur ce que je pourrais faire pour aider la Palestine, insiste-t-elle. Nous assistons à un génocide en temps réel, pourquoi ne pas utiliser notre humanité fondamentale pour essayer de faire quelque chose ? » Une empathie nécessaire à développer pour éviter de sombrer dans la complaisance à l’égard des politiques coloniales, selon la jeune femme.
CONVERGENCE DES LUTTES
Artistes, étudiants, activistes…, tous semblent se reconnaitre dans la cause palestinienne, à en croire Benoît Tanguay, rédacteur en chef du journal du groupe La Riposte socialiste, une organisation marxiste canadienne. « La lutte des personnes opprimées, c’est notre lutte, celle des travailleurs. Les ennemis des Palestiniens sont les ennemis des travailleurs canadiens », explique le militant de 29 ans. La question palestinienne est même la raison de son engagement communiste : « Il y a dix ans, j’ai visionné un documentaire expliquant la situation coloniale en Palestine, et ça m’a tellement choqué que j’ai rejoint la lutte des travailleurs le lendemain ».
Révolté par les discours des partis politiques canadiens qui se sont empressés de condamner le Hamas sans « considérer la lutte palestinienne dans son ensemble », Benoît Tanguy ne mâche pas ses mots. Pour lui, le gouvernement de Justin Trudeau est complice de l’oppression du peuple palestinien. Depuis le 7 octobre, le premier ministre canadien a réitéré le « droit d’Israël de se défendre » et n’a toujours pas appelé à un cessez-le-feu à Gaza. Un comportement « scandaleux », qui pousserait la nouvelle génération à s’intéresser de plus près aux idées communistes et au « renversement de l’ordre capitaliste établi ». Chaque semaine, le rédacteur en chef rencontre une centaine de jeunes travailleurs nord-américains communistes. Il affirme qu’ils portent un soutien à la cause palestinienne : « Tous sont choqués et dégoûtés du traitement infligé par l’entité sioniste aux Palestiniens ».
Un sentiment partagé par une partie de la communauté LGBTQ+. Depuis un mois, les mouvements queers se mobilisent et appellent à manifester. Exposés aux critiques de ceux qui dénoncent le manque de cohérence de ce parti pris, les militants rejettent en bloc ce qu’ils interprètent comme de l’infantilisation : « Visiblement, on ne sait pas ce qui est bien pour nous et ce qui est juste à défendre, en raison de notre orientation sexuelle ou de notre identité de genre », ironise Alice1, 23 ans. Pancarte « Queers for Palestine » à la main, cette étudiante lesbienne refuse la rhétorique selon laquelle le Hamas persécute les personnes homosexuelles. « Le monde attend que l’on se positionne d’une certaine manière et on refuse cette injonction », s’indigne-t-elle.
Déjà diplômée d’un master en sciences de la communication, l’étudiante fait référence au pinkwashing utilisé par Israël pour mettre en avant le traitement progressiste des LGBTQ+, tout en détournant l’attention des atteintes aux droits humains perpétrées contre les Palestiniens. « Nous rappeler l’homophobie du Hamas revient à avancer que les vies palestiniennes valent moins que celles des populations en Israël, où l’homosexualité ne constitue pas un crime ou un délit », poursuit-elle. Selon Alice, toutes les communautés sont légitimes à se positionner en faveur des Palestiniens : « Oui, on peut être homosexuel et participer à une manifestation contre un génocide, pour un cessez-le-feu et la libération d’une population occupée ».
DÉBATS HOULEUX À L’UNIVERSITÉ MCGILL
Le soutien de la communauté LGBTQ+ n’étonne pas Marwa, étudiante palestinienne à l’université McGill : « La cause palestinienne est intersectionnelle et humaine, donc accessible à tous ». À 23 ans, elle est porte-parole de l’association universitaire Solidarity for Palestinian Human Rights (SPHR). Selon elle, de nombreux membres du regroupement ne sont pas directement rattachés à la cause palestinienne. « Ce sont nos alliés, il n’y a pas besoin d’être arabe pour compatir avec les Palestiniens. Ceux qui nous soutiennent portent en eux les valeurs de justice, de liberté et de décolonisation », explique-t-elle avant d’ajouter que « toutes les communautés marginalisées se reconnaissent dans la cause palestinienne ».
Depuis un mois, le regroupement étudiant qu’elle représente mène un combat médiatique contre l’administration universitaire. Le 10 octobre, le doyen de l’université Christophe Manfredi avait publié un communiqué dénonçant « des publications odieuses » du SPHR après l’attaque du Hamas. Il écrit vouloir « révoquer l’autorisation accordée à ce club d’utiliser le nom de l’université et prendre toutes les autres mesures qui pourraient s’avérer nécessaires pour remédier à la situation ». Pour la jeune Palestinienne, « ils veulent faire taire les voix propalestiniennes ».« McGill pense que nous soutenons le terrorisme ; ce n’est pas le cas », déplore Anna, présente lors d’un rassemblement organisé par la SPHR devant l’université. Du haut de son mètre cinquante, cette élève infirmière porte à bout de bras une pancarte qui dénonce la posture du recteur de l’université :
« Nous ne sommes pas Palestiniens, nous ne vivons pas ce qu’ils vivent, ce n’est pas à nous de juger de la manière dont ils décident de se décoloniser. Nous soutenons cette décolonisation, qu’elle se fasse violemment ou non ».
DÉTRUIRE L’AMALGAME ENTRE ANTISIONISME ET ANTISÉMITISME
Pour Yakov Rabkin, historien et spécialiste du sionisme et du judaïsme contemporain, les étudiants et les jeunes qui affirment leur soutien à la cause palestinienne ne sont ni ignorants ni inconscients. « Ils réagissent de manière rationnelle à une situation politique compréhensible, mais présentée de manière irrationnelle. La jeunesse occidentale, y compris juive, comprend parfaitement ce qu’il se passe en Palestine ». Pour le chercheur, le gouvernement Nétanyahou instrumentalise la religion « à des fins politiques ». Il dénonce un langage messianique manichéen : « Il donne l’impression qu’il s’agit d’une lutte entre le Bien et le Mal. Son discours est destiné aux sionistes chrétiens, alliés inconditionnels d’Israël aux États-Unis, au Brésil et ailleurs ». Il semble alors tout à fait logique qu’un tel discours ne touche pas les plus jeunes, puisqu’il va à l’encontre de tout règlement politique : « Utiliser la rhétorique religieuse, c’est abandonner tout débat rationnel ».
Selon l’historien, le soutien des jeunes à la cause palestinienne est décrédibilisé par l’amalgame entre antisémitisme et antisionisme, encouragé par l’État d’Israël. Il rappelle la différence considérable entre les deux termes. « Les antisémites détestent les juifs du fait de leur religion ou de leur “race”, les antisionistes sont opposés à un mouvement politique, donc cela n’a rien à voir avec la haine du juif. Les personnes opposées à l’indépendance du Québec ne détestent pas les Québécois », ironise-t-il. Une ambiguïté également « propagée par le CRIF français et certaines synagogues américaines », qui n’hésitent pas à réitérer en permanence leur soutien inconditionnel à Israël. Pour Yakov Rabkin, ces discours mettent en danger la communauté juive dans son ensemble. « Israël n’est pas un État juif, c’est un État sioniste. Beaucoup de juifs n’appuient pas le projet sioniste qui est colonial et exclusif ». Un rappel essentiel, qui confirme que si les mots ont un sens, la jeunesse semble les manier à la perfection.
El genocidio en Gaza continúa sin tregua mientras escribo estas líneas. Tardíamente, algunos israelíes han empezado a denunciar la hambruna y el asesinato en masa que su ejército -un ejército del pueblo- ha perpetrado desde octubre de 2023. Estos actos, apoyados por la mayoría de los judíos del país, superan en crueldad y brutalidad la […]
Avec les missiles qui volent en Asie occidentale, je me souviens de mon voyage en Iran en 2016, où j’ai découvert un pays fascinant et une communauté juive dynamique. Chaque jour, je m’enquiers de la sécurité de mes amis et de mes proches, tant en Iran qu’en Israël. La situation y est tragique et criminelle. […]
The genocide in Gaza continues unabated as I write these lines. Belatedly, a few Israelis have begun decrying the starvation and mass murder that their army—a people’s army—has perpetrated since October 2023. These acts, supported by the majority of the country’s Jews, exceed in cruelty and brutality the violence that the IDF routinely used against […]
With missiles flying across West Asia, I am reminded of my trip to Iran in 2016, when I discovered a fascinating country and a vibrant Jewish community.* Every day, I ask about the safety of friends and loved ones in both Iran and Israel. The situation there is tragic and criminal. Many criticise Israel for […]
With missiles flying across West Asia, I am reminded of my trip to Iran in 2016, when I discovered a fascinating country and a vibrant Jewish community. Every day, I ask about the safety of friends and loved ones in both Iran and Israel. The situation there is tragic and criminal. Many criticize Israel for not […]
In March 1896, William Hechler, the Anglican chaplain at the British Embassy in Vienna, came across a book titled Der Judenstaat (The State for Jews). Hechler belonged to a centuries-old Protestant movement that aimed at gathering Jews in Palestine and converting them to Christianity. The book’s author, journalist Theodor Herzl, also lived in the Austrian capital. Hechler […]
The return of Donald Trump to the White House has caused a shift in long-established patterns in the conduct of international relations. Many countries around the world have been grappling with this challenge. For Canada, the issue is particularly acute due to Trump’s trade and tariff threats and their immediate impact on domestic economic interests. […]
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Многие, евреи и неевреи, обвиняют Израиль в нарушении библейских заповедей. А чтобы обосновать свою точку зрения, некоторые эрудиты ссылаются на Пятикнижие, Пророков, Талмуд и даже кодексы иудейского права. Это не только ошибочно, но и несправедливо. Основатели Израиля, в основном выходцы из черты оседлости в Российской империи, иудейскую мораль – как и иудаизм в целом – […]
Un desafío global a las libertades democráticas Yakov M. Rabkin * En el contexto del actual debate sobre la libertad de expresión, hay un tema tabú que muchos se resisten a nombrar explícitamente. Medidas recientes como la revocación de visados, la detención de estudiantes y académicos, la represión de protestas, la restricción de la libertad académica y la […]
Biblical accounts teem with violent episodes. Just a few days ago, we read in the synagogue the story of Jacob’s two sons, Levi and Simeon, massacring the entire male population of a city in a devious scheme using a religious pretext. (Genesis 34) Their father was so aggrieved that even on his death bed, when […]
Hanukkah is, perhaps, the easiest Jewish holiday to celebrate. There are no restrictions on what one may or may not do—no fasting and, in fact, no prohibitions except one: the lights of Hanukkah must not be used for any practical purpose, not even for studying Torah or lighting the Sabbath candles. Hanukkah candles are symbols […]